illustration Milenka (de gauche à droite : Camille, Gini, Oomiaq)
Milenka est né il y a trois bourgeons de la rencontre entre Gini Helie et Oomiaq. Elle, a bourlingué entre Londres et Sidney, donné sa voix au
groupe japonais Kyoto, "Riot in Belgium", Fait Accompli et les Pyramides. Lui a collaboré avec Air et Jean-Louis Murat (tournée Muragostang), enregistré un premier album take
keep gO avec une troupe d'enfants et Camille. Tous deux sont illustrateurs et multi instrumentistes, perchés à 900 mètres d’altitude dans leur maison-atelier-studio-arrière-pays niçois.
D’emblée, le premier album L’Aventure * (2008, Milenka and The Pyramids) donnait le ton de leur musique du monde. On y entendait la langue : je veux dire toutes les langues, la voix,
c'est-à-dire la respiration, le cri, le silence, le chant, le jeu, les sanglots, l'enfant, tous les enfants. Le chant libre de l'eau, les ruisseaux, la pluie, tous les objets ou les choses qui
ont une mémoire, les cailloux, les galets, les clochettes, les boîtes à musique, le verre qui tinte, le disque rayé, tous les animaux en chanté en rythme, oiseau, grenouille, chouette un hibou,
cigale. Et les chevaux, les arbres, la montagne, la mousse et les fleurs, nombre d'instruments joués ou évoqués en sus des précédents déjà nommés : violon, trompette sans tambour,
percussion sans trompette, harpe, kora, guitare et synthés, des musiques poétiques en balade, country, bohème, flamenco, tango, samba, rock, d'Extrême-Orient, de Zanzibar et d'ailleurs, et, j'en
oublie.
Pour le prochain, annoncé au printemps et lumineux, la tribu accueille Camille.
* disque en achat sur leur Myspace http://www.myspace.com/milenkathepyramids ou dans les Boutiques
sonores
INTERVIEW DE MILENKA,
s’exprimant d’une seule voix, propos recueillis le 5 mars 2010
Hervé Pizon : Au printemps, un nouvel album. A l’écoute, on sent une plus grande maturité dans l’univers musical imagé de Milenka. Un hiver plus long ?
Milenka : On a beaucoup travaillé pour ce disque, collecté beaucoup de sons, d'idées...
On l'a enregistré à la montagne, dans la chapelle du village, le couloir de l'immeuble, les champs, près des chevaux...
Il s'annonce plus rythmé, sans guitares, nous avons essayé d'inventer NOTRE musique du monde...
L'hibernation active a duré plusieurs saisons... La naissance de notre fils Nanook nous a beaucoup inspirés, chamboulés. La vie de tous les jours, la vie artistique nous a apporté aussi de la
maturité...
Hervé Pizon : Je disais "maturité" aussi dans le sens plus dépouillé, une unité plus forte ?
Milenka : C'est un peu comme pour le dessin, quand on débute on fait beaucoup de traits inutiles, surajoutés, et, avec le travail, la persévérance, on en vient à affiner, épurer, ne garder que
l'essentiel... On a voulu une simplicité, un dépouillement, comme les peuples qui n'ont que l'essentiel... le principal : que l'histoire racontée soit vue et entendue... mais on a quand même une
grande palette sonore, beaucoup de couleurs sur ce disque.
Hervé Pizon : Vous parlez de couleurs, influence, référence à l'illustration graphique que vous pratiquez tous deux ?
Milenka : Oui ! On fonctionne beaucoup sur un parallèle visuel/sonore, comme si on créait en un disque la bande originale de nos illustrations et collages... L'agencement des sons, l'alternance
pleins et vides c'est le même langage que le dessin : des gros coups de feutre noir pour évoquer la basse, des hachures jaunes à la plume pour des cordes de harpes balinaise.
Hervé Pizon : Votre « musique du monde » puise à la source de votre monde intime, votre environnement naturel, ainsi que de nombreuses influences folkloriques. Est-ce à dire que
votre musique est un voyage, un récit de l’intime à l’universel ?
Milenka : C'est exactement ça : de l'intime à l'universel...
Cet aspect folklorique et « world » n'est pas une question d'apparence : dans notre vie de tous les jours, on aspire à une vie de tribu : se soigner avec les plantes, être reliés
profondément à la nature, inventer nos rituels, créer nos habits, notre décor en harmonie avec ce qu'il y a autour... En vivant cette vie-là, la musique qui en découle donne notre album.
Hervé Pizon : Vous vivez et travaillez dans votre bout du monde, comment vivez-vous à la fois cet isolement au monde et cette ouverture sur le monde ?
Milenka : On vit dans un village sans commerces ni école, mais quand même pas si isolé, il y a une centaine d'habitants. On aimerait vraiment être dans une yourte ou une maison ronde en bois,
sûrement dans pas longtemps (on aimerait créer un éco-village).
Mais on adore les contrastes et passer quelques jours à Paris, faire des rencontres stimulantes, les librairies japonaises, les concerts… C'est la seule chose qui nous manque dans le Sud :
l'émulation artistique.
Mais, voir passer les saisons est vital, alors la montagne est notre quotidien et la grande ville notre lieu de vacances.
Hervé Pizon : On vous imagine en chasseurs, plutôt en cueilleurs de sons… vous cherchez des sons ou ambiances pour telle ou telle compo, ou vous collectez au fur et à mesure pour constituer une
« bibliothèque » sonore dans laquelle vous puisez ensuite ? Plus largement, quel est votre point de départ pour composer ?
Milenka : Beaucoup de morceaux sont partis de chants improvisés par Gini, parfois avec Camille aussi, des enfants du village. Et sur cette trame de chant -comme un dessin au trait en noir et
blanc- j'ai colorié à l'intérieur et autour... et on a ajouté encore quelques détails, des improvisations, du spontané.
Certains chants ont été faits une nuit d'été avec Camille et Simon (NDLA : Simon Dalmais, frère de Camille) chez nous. Le bébé dormait et le défi était de faire dix chansons dans la nuit en
partant d'une liste de mots, de sensations, d'objets, un par chanson et sans réveiller le bébé !
Hervé Pizon : Justement, la tribu s’est élargie : comment s’illustre la participation de Camille dans cet album ? Outre son grain de voix, elle a mis son grain de sel ?
Milenka : Elle a improvisé avec nous dans notre chapelle, des chants mais aussi des textes...
On a essayé de lui demander quelque chose de différent, moins "bruitiste", plus proche du chant spirituel... son aspect enfantin aussi... Sa spontanéité, son sens de l'impro nous parlent
beaucoup. Tout est dit en un seul élan, pas le temps de réfléchir.
Elle a inventé par exemple une chanson sur le thème du couloir, enregistrée dans notre couloir et son écho naturel,
Hervé Pizon : Elle sera en guest lors de vos concerts à Paris ?
Milenka : Elle viendra sûrement quand elle sera libre, avec nous sur scène.
Plus qu'une guest, on la considère comme faisant un peu partie de la troupe, mais avec un emploi du temps hyper chargé !
En revanche, Armelle Pioline (Holden) sera en guest, à la Bellevilloise ou à L'International.
Hervé Pizon : Aurez-vous un label pour ce disque ?
Milenka : On sait qu'on peut trouver un label, mais on fait un peu le parallèle avec un paysan et ses fruits naturels mal vendus en supermarché ! Et on se sent plus proche d'une solution style
AMAP (NDLA : association pour le maintien de l‘agriculture et du paysage).
Mais on va peut-être chercher quand même un distributeur pour pouvoir être chroniqué dans les journaux papier, sinon, pour eux on n’existe pas !
On cherche une solution pour arriver aux oreilles de tout le monde, le mieux possible, et on va trouver !
Milenka en concert
15 avril 2010 : théâtre Lino Ventura (Nice)
30 avril 2010 : La Bellevilloise (Paris, 20ème)
02 mai 2010 : L’InternationaL (Paris 11ème)
Hervé Pizon
article publié dans Le Doigt dans l'oeil n° 35