textes, images et sons d'hervé pizon etc.
Accompli comme l’est le chef d’œuvre d’un artisan, sorti confidentiellement sans promo, intime dans sa texture musicale et poétique, ce quatrième album est, en un mot, essentiel. Avec Baby Bison, en huit titres, qui ne sont pas des découvertes pour qui a entendu ces inédits d’alors sur son Myspace, (sauf un), Alain Bonnefont prolonge le fil d’un ouvrage remis cent fois sur le métier depuis Amaretto en 1993.
A la première écoute, je songe c’est étonnant comme des chansons familières agencées en un support unique mènent vers une terra incognita.
En revanche, l’univers d’Alain Bonnefont est bien présent, peut-être sous une forme plus épurée et ciselée. L’éternel songwriter enragé, mousquetaire lettré et sentimental, construit, entretient, déballe à corps ouvert et les larmes à la main tout l’attirail de l’amour, « tout me vise au cœur ». Et le cortège de munitions qui l’accompagne, cessant. Ca va de l’arme blanche au rouge sang, de la caresse au couteau de l’instant au pistolet des illusions perdues (Colt et Remington Again). De la poudre de Perlimpinpin à celle d’escampette, il n’y a qu’un pas. Puis un autre morceau phare, tour de force inouï où sont convoqués –la vérité vraie- simultanément la poésie W.H. Hauden et le cycliste Felice Gimondi (Felice) !
En amour, évidemment tout rapproche et tout oppose, le temps relatif : « un jour promu, un jour déchu, un jour ou deux mêmes ». Desiderare pourrait être un single et contient tout l‘entrechoc des amours, désamours, armés puis désarmés, laisse, délaissé(e), chanson charbon et diamant, du pourquoi au comment tourmenté.
Plus loin encore, le lys et l’or, les nuages maintenant, « la Cajoline, le fer ». Alors dans la solitude de l’assiégé, en forteresse de soi, encerclé, au jour le jour, on attend sa chance, ou on provoque la destinée en duel, on désire, on se meut, on rêve de grands espaces libres et sauvages pour « décalaminer l’horizon », de voyages au bout des ses pieds, de la nuit et plus loin, vers la lettre M, indélébile (Montana, Maidenhead, Malecon, Manhattan). A la lumière du fanal ou d’une moisson d’étoiles, on vante les exploits, les explorations transatlantiques, on s’abandonne à la clairière du Bois Amoureux, on prie à l’imparfait sur la banquette en Moleskine ?
Il faut entendre en ces réduits, les herbes folles envahir le jardin de l’âme, là où la floraison est nostalgie de l’intime et de la mémoire collective, embellie du quotidien, apaisement, fantaisie parfois même, bercée ou percée, la rêverie y est érigée en monument.
Alain Bonnefont Baby Bison, décembre 2010 (autoproduit)
lien vers son Myspace
hervé pizon, chronique parue dans Le Doigt Dans L'Oeil n° 39, mars 2011
Alain Bonnefont - Colt et Remington again from Alain Bonnefont on Vimeo.