Histoires de famille

Mercredi 19 août 2009











Par hervé pizon
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Dimanche 9 août 2009




Demain, on jouera aux pirates.
On aura une jambe de bois.
D'une allumette ou deux, on coincera les écluses.
Avec un requin-marteau, on coulera les bateaux en plastique des touristes rose crevette.
Et on volera leur trésor.
Après, on pêchera un silure grand comme une voiture, des perches arc-en-ciel.
Ronron, le poisson-chat.
Même, on fera une chorale de baleine à bosses.


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Par hervé pizon
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Jeudi 2 avril 2009



Peau moite, cheveux collés sur le front, la salive abonde. La bouche grande ouverte laisse entrevoir toute la dentition et les sanglots se mêlent aux cris.
Chanter/Perdre patience/Crier.
Contenir les mouvements saccadés, incontrôlés.
Pieds nus sur le carrelage.
Dents jeunes dans chair molle.
Répit, refuge des bras.
Plus tard même l'enfant sourit.
Par hervé pizon
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Dimanche 28 décembre 2008
Promenade sur le chemin de halage du canal bleu. Les bonnets de laine enfoncés juqu'en bas des oreilles, les écharpes pointent le bout du nez. Les baskets à fond drôlement clouées sur les pédales ou sur le sol feraient presque oublier les pommetttes rouges exposées au vent.
Au retour : grands bols, gâteau fondant, sourires aux lèvres et moustaches le tout chocolat !
Puis le téléphone, les pleurs, les cris. Elle réfugiée et prostrée à la maison, dimanche.
Par hervé pizon
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Vendredi 12 décembre 2008
Des textes déja publiés regoupés, assemblés.


I - Die Liebe, mein Schatz, ist bodenlos
Dans l'amour, mon amour, on n'a pas pied.
Charlotte Salomon

Charlotte est née dans une famille juive en 1917 à Berlin. Après la Nuit de Cristal, fin 1938, elle est envoyée sur la Côte d'Azur. Hantée par de nombreux suicides dans sa famille, exilée, elle réalise de 1940 à 1942 « Vie ? ou Théâtre ? », une trilogie avec près de 800 gouaches, des textes et des partitions musicales. Elle avait 26 ans lorsqu'elle fut arrêtée et gazée à Auschwitz.

II - Carla, elle est magnifique, des grands yeux, de beaux cheveux, des grandes jambes. Beaucoup sont amoureux d'elle. Carla hier elle était pas à Disneyland. Dans mon village, tout le monde le sait, Carla, elle était dans sa voiture avec sa petite soeur et sa maman, tout près de chez moi. Comme des paparazzis, des jolies plaques de verglas froid de canard la poursuivent sur sa route. Alors, la voiture, elle a dérapé, valdingué, fini sa course le nez dans la rivière. Et la maman de Carla, elle a d'abord sorti la petite soeur de Carla. Puis elle a dit Carla : je reviens. Et quand elle est revenue, Carla, elle était plus là. Carla, malgré ses 7 ans, je vous jure qu'elle était pas à Disneyland, elle est au paradis. Et tout le monde dit dans mon village qu'on a pas idée de faire Noël en hiver.
Naël, mon fils de six ans (et demi), grimpe à toute allure sur le mur en pierres sèches qui clôt la maison ; il s'assied dos contre le pilier du portail. Quand il prend cette position, c'est pour jouer à observer les passants, les invités attendus, ou, comme hier, pour me parler de choses importantes à ses yeux, Alors moi, je suis perché avec lui là-haut, adossé au mur de la grange. Voilà, nous sommes prêts : alors il me dit que Carla, la copine d'école décédée un peu avant Noël, elle a une belle tombe, et j'accueille dignement sa question :

- Dans le cimetière, tout au fond, tout au fond, c'est loin, c'est pour les enfants. Ca serait pas beau hein papa à côté des grands ?
- Oui Naël, ça serait pas beau, c'est pour cela que c'est tout au fond.

III - Appris de la bouche de ma mère. Le pourquoi de l’arrivée à Besançon, le départ de la Meuse natale. Une histoire de fuite. Je savais. J’ai longtemps cru que c’était l’exode. C’était bien à cette époque, grand-mère s’était remariée quelque temps après le décès de grand-père, tué par des soldats allemands. Remariée, sous la contrainte, et le second mari n’était pas du genre aimant, très violent. Grand-mère, elle a fui l’ennemi, pas l’occupant, son mari. Un jour, elle s’est levée très tôt, sans faire de bruit, elle a réveillé ma mère, l’aînée, douze ans, puis les trois autres enfants; elle leur a juste dit de s’habiller en silence, ma mère a aidé les petits. Ils sont partis à pied très vite, sans affaires, avec un peu d’argent. A la gare la plus proche, ils ont sauté dans le premier train, puis de correspondance en correspondance, ils se sont arrêtés dans une ville sans attache. Besançon, où je suis né.

IV - Deux lettres. La première adressée à une mère, la seconde à une fiancée. J’ai tenu les morceaux de ces lettres déchirées, je les ai reconstitués, j’ai lu les lettres écrites à la plume. En allemand. Dans les deux cas, l’amour évidemment, l’absence, le manque, la nostalgie du pays, l’assurance des ne t’inquiète pas tout va bien. Deux lettres trouvées par moi il y a onze ans dans la trappe de la cheminée monumentale de la cuisine. Jamais parvenues à leur destinataire aimé, retenues probablement par la hiérarchie, ma maison était le siège de la Kommandantur. Deux lettres de soldats allemands. Je suis le dernier à les avoir lues. Les lettres se sont ensuite désagrégées.

V - Une image retrouvée dans le carton à photos niché en haut de l'armoire chez ma mère. Mes parents donc. Comme au cinéma. J'aime les voir ensemble ainsi, Beaux comme les acteurs d’un film américain dans les années soixante.
Retour sur terre, le chien de mon père, Badineau. Plus tard, ce nom m'évoquera Marivaux !
Ils sont assis sur l'escalier accédant au jardin de la maison des grands-parents paternels.
Des paysans, frustes, silencieux. Et très pauvres. Cinq vaches à l'étable, des poules dans un enclos grillagé, et quelques lapins en sursis. Le couteau de Grand-Mère n'était guère loin. Grand-père, aucun objet ou image de lui, sauf le souvenir de ses fusils de chasse et de son tracteur rouge McCormick. J'étais très jeune quand il est décédé. Grand-mère est morte devant moi. Elle était attablée dans la cuisine surchauffée et ça sentait le feu et la soupe de pomme de terres au coin du poêle. On buvait du vin ou de la limonade. Elle a été saisie d’une sorte de hoquet, elle est tombée de sa chaise, mon père a juste eu le temps d'éviter sa chute vers le sol. Il l'a prise dans ses bras et il est monté dans sa chambre. Je n'avais jamais vu mon père si proche de sa mère. Je n'étais jamais allé à l'étage. Il y faisait froid et les murs étaient très sales.

VI - Joseph

Je vous parle d'un homme
Que je ne connaissais pas
Peut-être tendiez-vous l'oreille ?
Je chuchote le mépris
Qu'il éprouve pour les clercs
Et le front qui de haine perle

Je vous parle d'un homme
Auquel je ne ressemble pas
Peut-être écoutiez-vous aux portes?
Je susurre la révolte
Qu'il dirige contre les maîtres
Et le cambouis et l'huile

Je vous parle d'un homme
Que je ne comprenais pas
Peut-être n'étiez-vous pas là ?
Je dis à demi-mot le Jardin
Qu'il m'apprit malgré lui
Et les arbres et les fruits
Je vous parle d'un homme
Qui ne m'écoute pas
Peut-être n'entend-il pas mes pas ?
Je murmure à ses yeux
Qui me regardent
Et la dernière lumière

Je vous parle d'un homme
Que vous ne connaissez pas
Peut-être ne l'entendiez-vous pas ?
Je marche dans les pas de celui
Qui fût un homme simple
Et mon Père.

VII - Colette. Enfants, nous investissions souvent en bande un terrain de jeu espace infini interdit aux filles : la décharge du quartier voisin. Chacun de nous fouillait pour y trouver un improbable objet, un objet qui prend sens au moment où on le trouve jusqu'à ce qu'on le jette, très vite le plus souvent. Première cigarette, les P4 vingt centimes le paquet de 4 cigarettes âcres qui arrachaient les alvéoles de nos jeunes poumons; plus qu'à fumer, les P4 servaient à allumer facilement les mèches des pétards placés ensuite dans les bouteilles de sodas en verre.
Parfois ça castagnait entre nous du quartier Montrapon contre les vrais occupants du quartier, ceux des Montboucons.  Jamais eu de blessures graves malgré la guerre enfantine des tranchées, les projectiles cailloux et bouteilles.
Dans ce même quartier ennemi par nous occupé, il y avait une autre curiosité :  la maison d'une rousse flamboyante, Colette, qui séjourna à Besançon, elle y écrivit ses Claudine. C'était toute une histoire cette maison à nos yeux d'enfants, on savait qu'elle y avait vécu, on n’avait pas lu. On achetait ou on volait bonbons, cigarettes et pétards au bureau de tabac de la place Colette près l'école.
L'était impitoyable le quartier, pas de quartier. Dès que l'on était plus en bande on était vulnérable et on l'apprenait vite à ses dépens.  Les vols de vêtements, les luges, les vélos, ça, ça faisait pas mal. Un jour, je suis seul en rentrant de l'école, ils sont trois, deux me tiennent les bras, un autre frappe à coup de poings dans le ventre, ils sont trois de la même origine sociale, la même école, la même classe. Ce jour-là à 10 ans, après avoir dégueulé et pleuré, ma vie a changé définitivement. Quelques jours après en classe ils ont cassé la gueule de notre institutrice devant nous, son prénom c'était Colette.

VIII - A une jeune femme partie à 20 ans.

Au-dedans de son elle ça a craqué.
Il pleut des cordes, les enfants jouent au pendu.
Après l'averse, la poussière s'est tue.
La poussière, sais-tu ?

IX - Martin

Sur le pont du village
J’ai trouvé tout un trésor :
Une pierre bien sage
Une fougère en or
Un livre sans page.

Martin Pizon, 11 ans


Par hervé pizon
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Mercredi 10 décembre 2008
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Une image retrouvée dans le carton à photos niché en haut de l'armoire chez ma mère.
Mes parents donc. Comme au cinéma. J'aime les voir ensemble ainsi, Beaux comme les acteurs d’un film américain dans les années soixante.
Retour sur terre, le chien de mon père, Badineau. Plus tard, ce nom m'évoquera Marivaux !
Ils sont assis sur l'escalier accédant au jardin de la maison des grands-parents paternels.
Des paysans, frustes, silencieux. Et très pauvres. Cinq vaches à l'étable, des poules dans un enclos grillagé, et quelques lapins en sursis. Le couteau de Grand-Mère n'était guère loin. Grand-père, aucun objet ou image de lui, sauf le souvenir de ses fusils de chasse et de son tracteur rouge McCormick. J'étais très jeune quand il est décédé. Grand-mère est morte devant moi. Elle était attablée dans la cuisine surchauffée et ça sentait le feu et la soupe de pomme de terres au coin du poêle. On buvait du vin ou de la limonade. Elle a été saisie d’une sorte de hoquet, elle est tombée de sa chaise, mon père a juste eu le temps d'éviter sa chute vers le sol. Il l'a prise dans ses bras et il est monté dans sa chambre. Je n'avais jamais vu mon père si proche de sa mère. Je n'étais jamais allé à l'étage. Il y faisait froid et les murs étaient très sales.



Par hervé pizon
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Lundi 17 novembre 2008


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Les rires de Suzanne hier, sa peau de trois ans jolie, son oeil et sa bouche croquent la vie.
Par hervé pizon
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Mercredi 22 octobre 2008
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Suzanne, rires à pleines dents.
Par hervé pizon
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Mardi 21 octobre 2008
Photobucket Cet enfant si... mon fils Martin, 12 ans.
Par hervé pizon
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Dimanche 19 octobre 2008

(dernière partie)

début du texte plus bas sur ce blog

Coïncidence. Au moment où j'ai commencé à écrire ce texte, j'ai reçu d'une amie un livre dont voici un extrait :

"Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement que ce serait : rien."

Où on va papa ? Jean-Louis Fournier, Stock, 2008
Note : L'auteur parle de ses deux fils handicapés, il a écrit pour eux ce livre.


Aujourd'hui, Julia a seize ans, nous attendons depuis trois ans une place dans un centre plus adapté à son handicap, avec un semi internat. Souffler. Le répit, connais pas. Julia se réveille toutes les nuits ou presque à 4h30. Depuis 5 ou 6 ans environ, elle a développé un comportement un peu autistique. Depuis la même période, j'ai monté une entreprise, destinée à terme à l'accueillir, à l'insérer au plan professionnel. Pas facile de faire tourner cette entreprise.
La communication avec Julia est parfois difficile, les crises très nombreuses, hurlements et gestes incontrôlés.
Elle ne sera pas danseuse contemporaine comme j'en rêvais. Elle ne sait ni lire, ni écrire, et c'était écrit.
Face à l'incurie, vendredi, nous avons décidé de créer un centre pour elle, et donc pour d'autres. Il faut monter une association, un dossier qui sera retoqué moultes fois par l'administration, trouver un terrain, construire un bâtiment, trouver les financements pérennes, embaucher le personnel... En général, il faut 3 ans pour y arriver. Je voudrais simplement que ça aille plus vite.
La main dans le chapeau "hand in a cap" c'est là l'origine du mot handicap.


* hand in a cap
Par hervé pizon
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