à C., R., J-Y. et Z.
Déjeuner au bar-tabac-restaurant en pleine Marne et basse saison : piémontaises et comme un menu enfant dans l'assiette, faux-plafond, rires et cartes postales avec des femmes nues.
Au lac du Der on parle beaucoup, sauf quand le vent pique trop les yeux, alors se taire, se réchauffer et marcher plus vite ; il y a une presqu'île
entourée d'eau argent, on aperçoit la sablonneuse depuis le chemin tout droit qui le surplombe.
Super U. Une bouteille de vin, une brosse à dents. Sourire de la caissière.
En soirée chez les amis, les bulles s'évadent des coupes immenses emplies à ras bord.
Nuages de fumée, volutes chuchotées, criées ou musiquées, pieds sur le canapé.
Quart de temps, le oud.
Nez dans les assiettes carrées, langues bien pendues, viseur sur l'oeil, pieds dans le fil de la lampe et de la pensée.
Les couacs, les mots -compagnons, camarades- s'allongent, ils expérimentent, ils explorent.
Par hervé pizon
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Avec le soleil de la partie, une multitude endimanchée se presse sur la place du village en fête, vers les tables de
buvettes dressés en nappes blanches.
Au beau milieu de cette cohue, elle se tient droite et immobile, un foulard enserre ses cheveux, une main est
accrochée à la robe blanche.
L'affluence croît sans cesse, elle sent la peau moite de son voisin et dans l'interminable attente épaule contre
épaule, la foule se contracte en un mouvement qui la rend nerveuse. Elle a subitement chaud. Elle enlève alors son foulard. Les chaussures à talons blessent ses pieds. Un poids comprime sa poitrine, elle
respire mal.
N'y tenant plus, elle renonce, se retourne et se fraie un passage dans l'immensité oppressante. L'espace d'un
instant, elle retrouve son souffle dans une rue perpendiculaire près du bureau de poste. Elle marche pieds nus. Une goutte de sueur se dispute la nuque avec le parfum de
violettes.
Attirée par le bruit d'une fontaine dans la cour d'une maison, elle s'y rafraîchit. La porte de la cave est grande
ouverte : elle s'approche, descend quelques marches, le contact du pied sur la pierre humide.
L'homme ote un à un ses vêtements puis se lave soigneusement les pieds sous un maigre filet d'eau. A la force des
bras, il se hisse avec habileté dans la cuve. En silence, elle l'observe : debout et nu, par un mouvement de balancier, il fait porter le poids de son corps alternativement sur chaque pied -le
foulage du raisin exprime le jus- bientôt le sucre et les moûts remontent le long des cuisses.
Par hervé pizon
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Il a reçu un nouveau SMS d'Angèle. Un message d'amour.
Elle se prénomme Angèle. Elle se prélasse à demi nue sur son sofa -Burger au casque- la tête sur un coussin défoncé, les mains derrière la nuque, souple. Les cheveux tombent en arrière et
touchent le tapis Héréké.
Un verre de cristal est posé sur la table de salon, un drink en équilibre sur une pile de livres.
Merde, cette scène a vraiment de la gueule.
Angèle, elle se prévaut d'un avantage sur lui. Elle avait dit au moment de leur rencontre : quoiii ! tu n'as pas d'accusé de réception sur ton mobile...
Lui, incrédule et intrigué, il avait dit qu'il ignorait cette fonctionnalité ou ce service, il allait de ce pas se renseigner auprès de son opérateur qu'à celà ne tienne et faire le nécessaire au
plus vite, c'est évident.
Il a reçu d'Angèle, expédié du sofa entre deux drinks, trois peut-être, de ses mains otées de derrière sa nuque, un message d'amour.
Il exuuulte !
Et Angèle, elle a reçu l'accusé de réception de son SMS. Elle sait. C'est là son avantage.
De joie, il est fou ; à Angèle, il envoie un SMS. D'amour.
L'a-t-elle reçu ? Lu ? Est-elle émue ?
Pas de réponse, il s'inquiète toujours en pareil cas.
Il ne sait plus.
Il pense merde, il est déçu !
Il envoie un mail. Il dit : tu l'as reçu ? Qu'en penses-tu ?
Un second SMS il expédie : Ange -Ange, c'est son diminutif- tu ne réponds pas ?
Trois : Ange ?
Quatre : mon ange ?
Cinq, moins possessif , itératif : Ange ?
Six, supposé non intrusif : je te dérange ?
Nouveau SMS Angèle
Il dort, profondément.
Nouveau SMS Angèle
Il fait un rêve étrange.
Nouveau SMS Angèle
il se réveille aux côtés de son ange.
Par hervé pizon
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Parfois au petit matin les larmes de l'herbe verte inclinée retournent à la terre :
lorsque je suis allongé contre le corps chaud de l'enfant se frottant les yeux avec le dos de la main et que ses
grands cils et son coeur battent à l'unisson,
lorsque le soleil traverse le verre grossier par la fenêtre et forme un reflet mêlé à l'ombre dansante sur les murs
réjouis comme moi d'une telle aubaine,
lorsqu'après son départ je découvre un trésor d'elle sur mon épaule j'enroule habilement la boucle dorée du
cheveu entre mes doigts jusqu'à sentir -l'amante- le parfum de sa pensée.
Par hervé pizon
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Publié dans : L'avenue
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Soudain, le sentiment éclate :
Au creux de l'aisselle, mordillée,
Vacarme salé, ma si douce ortie !
Les aiguilles de silice brisées
Injectent chaque fragment de peau.
Il sent la terre humide parfumée.
Par hervé pizon
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Il se blottit toujours dans ses actes à elle, jamais dans ses interstices à lui.
Sur le lit, comme devant un miroir, symétriques, les gestes enveloppants se répondent : il lui masse les épaules et
la nuque, il embrasse tendrement son dos.
Ainsi qu'il le ferait avec sa soeur ou avec ses enfants, il réchauffe son pied droit puis le gauche, avec ses mains
d'abord puis ses mollets les accueillent successivement en leur cachette.
Les rires francs et malicieux percent le silence. D'un air léger, les souffles atteignent leurs visages et se
rejoignent.
Il sent la peau respirer sous le coton ; elle le sent contre ses cuisses. Les gestes se font plus délicats
encore : les ventres, douceur chaude envahissant les corps.
Durant toute la nuit, il reste au contact de ses reins -elle dirige sa main vers la chaleur de son sein- doigts
mêlés ou main sur sa joue, pas une seconde sans ce toucher.
Aucune fougère n'a cet éclat. Tout est doux, tout est dit.
Par hervé pizon
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Publié dans : L'avenue
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