Fille du feu
Lumière et chaleur s'entrechoquent sur les corps mouillés rutilant braise incandescente,
ma torche allumée au soleil.
Donnée à elle, de celle de Prométhée, de la combustion vive
d'un corps aimant immolé, pyromane,
le feu.
hervé pizon
Mon masculin alpestre descendant en flambeaux, de là-haut, j'ai cru selon la table d'orientation voir le
Mont Blanc, j'ai fait oui de la tête au Léman embrouillé de nuages. Tout fondait autour de nous, et Icare ignifugé n'amerissait jamais.
Emmanuelle Grangé
Elle : Elle dit gorge pour la suite et soupire.
Lui : Tu soupires, mon pont ?
La fonte des neiges
En vallée étroite et resserrée du féminin singulier que tu es regorge
les eaux bleues de ma fonte des neiges.
Posé au sommet de ton épaule hospitalière, je ne déroge pas au plaisir,
elle déployée, lui oiseau rouge,
la gorge.
hervé pizon
Elle : C'est hurle-vent ici mon oiseau de feu et tes mots qui balancent mon pont à l'eau. Texte suit après café
brûlant.
Je n'ai plus souvenir de l'adresse sauf de ta couleur diluant la mienne dans l'asti spumante de tes bras m'enserrant toi derrière moi,
l'eau partait vers le Lido, ta gorge rauque à la mienne blanche que tu n'oublies pas.
Emmanuelle Grangé
Par hervé pizon
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Naël, mon fils de six ans (et demi), grimpe à toute allure sur le mur
en pierres sèches qui clôt la maison ; il s'asseoit dos contre le pilier du portail. De là, on a une belle vue sur le Doubs en contrebas et le soleil brille printanier. Quand il prend cette
position, c'est pour jouer à observer les passants, les invités attendus, ou, comme hier, pour me parler de choses importantes à ses yeux, de celles qui comptent et font grandir, qui nécessitent
une oreille attentive et bienveillante de ma part, un acquiescement, une certitude. Alors moi, je suis perché avec lui là-haut, assis face à ses beaux yeux marrons, adossé au mur de la
grange.
Voilà, nous sommes prêts, alors il me dit que Carla, la copine d'école
décédée un peu avant Noël, elle a une belle tombe, et j'accueille dignement sa question :
- Dans le cimetière, tout au fond, tout au fond, c'est loin, c'est pour
les enfants. Ca serait pas beau hein papa à côté des grands ?
- Oui Naël, ça serait pas beau, c'est pour cela que c'est tout au
fond.
Par hervé pizon
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La lagune de ta bouche
Je m'enivre à toi étroite bande de terre qui me relie à la lagune des mots ta langue en souvenirs d'Isola Verde à Venedig (Venise).
Sur le cordon littoral des sentiments, compter chaque grain de sable dans les chaussures comme cadeau de l'amour accueilli, je ne triche pas au jeu,
le hasard.
hervé pizon
Murano encore ça pique dans les chaussures tous ces grains soufflés en verre, et quels cons ces pigeons de
vivre en ville, nulle badine entre nos hanches serrées l'une à l'autre.
Tu fais bien de hasarder tes mains sous mon coton.
Emmanuelle Grangé
L'inventaire de toi
Inventaire équivoque de la matière, des maîtres verriers
aux cotonniers, le geste ancestral de la main, mes doigts caressent l'étoffe de la peau enveloppe de ton fruit, près du coccyx.
Inéxorable le frisson innocent parcourt instantanément l'échine,
interlope de tes sens,
l'interdit.
hervé pizon
Tu en oublies l'oreille qui prête son sens à l'anatomie visée, doigt à doigt glissant, tu révèles yeux
mi-clos, cils caressant des abysses des monts des replis des chutes d'un climat étranger, entre-zones offertes jamais avant visitées pour cause d'interdit aux experts rustres,
je te désire de nos différences muettes happées.
Emmanuelle Grangé
Par hervé pizon
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Souvenir de mon enfance, nous investissions souvent en bande un terrain de jeu espace infini interdit
aux filles, la décharge du quartier voisin. Chacun de nous fouillait pour y trouver un improbable objet qui prend sens au moment où on le trouve jusqu'à ce qu'on le jette, très vite le plus
souvent. Première cigarette, les P4 vingt centimes le Paquet de 4 cigarettes âcres qui arrachaient les alvéoles de nos jeunes poumons; plus qu'à fumer, les P4 servaient à allumer facilement les
mèches des pétards placés ensuite dans les bouteilles de sodas en verre.
Parfois ça castagnait entre nous du quartier Montrapon contre les vrais occupants du quartier ceux des Montboucons, jamais eu de
blessures graves malgré la guerre enfantine des tranchées, les projectiles cailloux et bouteilles.
Dans ce même quartier ennemi par nous occupé, il y avait une autre curiosité, la maison d'une rousse flamboyante, Colette, qui
séjourna à Besançon, elle y écrivit ses Claudine. C'était toute une histoire cette maison à nos yeux d'enfants, on savait qu'elle y avait vécu, on avait pas lu. On achetait ou on volait bonbons,
cigarettes et pétards au bureau de tabac de la place Colette près l'école.
L'était impitoyable le quartier, pas de quartier. Dès que l'on était plus en bande on était vulnérable et on l'apprenait vite à ses
dépens les vols de vêtements, les luges, les vélos. Ca, ça faisait pas mal. Un jour, je suis seul en rentrant de l'école, ils sont trois, deux me tiennent les bras, un autre frappe à coup de
poings dans le ventre, ils sont trois de la même origine sociale, la même école, la même classe. Ce jour-là à 10 ans, après avoir dégueulé et pleuré, ma vie a changé définitivement, sortir du
bourbier. Voilà je l'ai fait on me traite de bourgeois bohême, je peux le dire aujourd'hui. Quelques jours après en classe ils ont cassé la gueule de notre institutrice devant nous, son prénom
c'était Colette.

maison de colette cliché marlin
Par hervé pizon
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