Quelques jours déjà sans pluie, sans les compter : siestes sur le sofa et l’herbe, rondes comme sommeil de l’enfant, du chat, et stylo
mâchonné regard en fuite par-dessus tout. La nuit, ça pique les épaules. A dormir, ou pas, sur le ventre, mieux, sans drap pour ne garder en sensation que la chaleur, sans le
picotement.
Le matin, Jeanne enfile un gilet gris pour couvrir les frissons, fait les courses à l’épicerie du village : pain, fruits et légumes frais,
sourires, vin rouge de pays. Une brève halte au café, sur la place pas plus grande qu’une clairière.
Sur le chemin du retour, aujourd’hui comme hier, Jeanne a ôté son gilet. Par à-coups, le vent s’engouffre dans ses cheveux, balance sa mèche
-elle la remet derrière l’oreille, mais jamais d’un geste machinal- qui toujours retombe sur l’oeil.
A la maison, vite se désaltérer d’un café chaud et d’un grand verre d’eau empli à ras bord; puis écrire, à l’ombre du feuillage projeté au sol
entre fourmis et pieds nus. Les mots cognent le crâne, frappent les mains, se déforment en silence, parfois se brisent contre la table ou les chaises. Sur la soucoupe, le chocolat noir a fondu.
Maintenant, le soleil brûle la peau.
Par hervé pizon
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Publié dans : L'orage, été
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l'arbre noueux,
dit en une prise une seule par Zanzibar
improvisation oud Abder
écrit par Hervé Pizon
réalisé par Vertigo
note : lancez le player !
De l'arbre noueux au tronc creux, on distingue parfaitement bien le chemin au départ courbe, lisse et vide menant,
c'est selon, nulle part ou à l'infini, et la source bleue crache ses eaux serpentant entre la végétation rivulaire et les bois morts. Les mousses ourlent les berges de part et d'autre érodées,
les odonates sommeillent accompagnés des oiseaux de nuit, et le poisson me fait un clin d'oeil.
Pourquoi, de ce point de vue précis, la mélancolie s'invite-t-elle irrémédiablement au festin ? Sur ces agapes, je
suis le chemin pieds mouillés d'avoir préféré arpenter les bas-côtés au halage désormais goudronné en guise de concession aux cyclistes. Transi et souffle court, je ne parviens pas à semer le
froid éloquent collé à mon ombre malgré le ressort des grandes enjambées et les embardées de gauche à droite.
Le vert des prés me transperce de beauté et réchauffe au pied de la lettre. Au gré des haies en taillis tachetées
de baies, quelques percées sombres ouvrent autant de passages dérobés précieux aux lapins. Un peu plus loin, un rendez-vous marqué d'une croix sur un pilier, quelque chose d'enfantin se joue sur
le chemin : je sens ta présence, je compte mes pas de zéro sur le chemin à l'infini. Un message de toi. Le chemin mène à l'infini. Je suis le chemin. Je bats chemin.
Par hervé pizon
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Publié dans : L'avenue
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Le quai hurle; les voyageurs pressés s'y bousculent, s'engouffrent épaules ployées et valises béantes dans les
wagons enflés.
Une jeune femme a déchiré son billet puis l'a jeté au sol. Dans sa tête, un hautbois joue. Un hautbois joue contre sa joue : la pression des lèvres et des mâchoires sur la anche de roseau. Et ce souffle chaud.
Au couchant, le soleil est comme une boursouflure sur le toit de verre de la gare.
Par hervé pizon
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